La LTC, qui publie la majorité des chants chrétiens en France, ne recense pas plus de 130 compositeurs français. Ceci après 60 années d’existence, et pour une base de données de plusieurs milliers de chants. Nous le savons bien, la plupart des chants publiés en France sont des traductions, surtout de l’anglais.

Mais est-ce satisfaisant ?

Alors que les films et séries en VO deviennent de plus en plus à la mode, que le désir d’authenticité est plus que jamais prisé et que la nouvelle génération cherche sa voix, une frustration grandit en parallèle chez beaucoup sur la quantité et la qualité des traductions de chants.

Cette frustration est normale, logique, inévitable.

Une traduction est une interprétation.

Certains termes ne se traduisent pas littéralement. Des chants comme « Amazing grace » ou « Our God is an awesome God » ne peuvent pas être traduits sans être interprétés et modifiés et malheureusement, à leur détriment. Comment traduire « amazing » ou « awesome » ? Les traductions ne gardent ni le naturel, ni l’émotion des termes originaux. Un classique comme « Be Thou my vision » ne sera malheureusement jamais traduit avec la même puissance que la version d’origine.

Certains mots ne se chantent pas bien d’une langue à l’autre.

Le terme « mercy » se chante très bien en anglais. Il fait partie du langage courant, rime facilement avec d’autres termes bibliques, et ne fait que deux syllabes. « Miséricorde » en revanche est caduque et lourd. C’est dommage, car le terme est riche bibliquement parlant.

Un mot comme « saint » en français n’a pas la même force que « holy » en anglais. L’un est ouvert et se projette bien, l’autre est nasal et pas très beau sur des longues notes.

Une traduction de l’anglais au français est souvent un résumé.

Les mots anglo-saxons sont souvent courts. Il faut trois fois plus longtemps pour dire « truth » (vé-ri-té) en français. De plus, il y a beaucoup plus d’articles en français. Un alexandrin anglais, quand il est bien écrit, peut cacher une richesse inégalable. Prenez les sonnets de Shakespeare par exemple. Inimitables. C’est compact, riche, percutant.

Le chant « Torrent de grâce » (O the deep deep love of Jesus) se chante plutôt bien en français, mais ne reflète pas plus de 25% de l’hymne original. Il y a énormément de contenu perdu dans la traduction.

Il faut un théologien pour traduire un théologien.

Beaucoup de cantiques traduits en français tournent autour des mêmes thèmes (surtout la nature et la croix), même quand ce n’est pas le thème original. Un cantique comme « The Church’s one fondation » (La fondation unique de l’Eglise) est traduit par « Rédempteur adorable ». Même si je trouve la version française excellente, il reste que nous avons beaucoup de chants sur la croix et peu sur l’Eglise, sur le ciel, sur la repentance, la sanctification, etc. Une traduction qui se rabat sur les généralités ne peut faire justice à la pensée de l’auteur d’origine. Mais pour discerner les nuances bibliques et théologiques, les traducteurs doivent aussi être versés dans ces domaines.

Il faut un poète pour traduire un poète.

La poésie est un art presque perdu dans notre génération, c’est dommage compte tenu de son passé si riche dans la francophonie. Sans la finesse artistique d’un esprit de poète, les images et métaphores sont traduites par des généralités. Il va de soi qu’une personne qui veut traduire des poètes doit s’intéresser à la poésie.

Conclusion

Devons-nous cesser de traduire des chants de l’anglais ? Absolument pas, ce serait une perte énorme, considérant la richesse musicale, théologique et ecclésiale des pays anglophones. Nous perdons presque toujours quelque chose en traduisant, mais ce que nous gagnons en ajoutant ces chants dans nos répertoires est inestimable. Merci à tous ceux qui ont traduit et qui continuent de le faire !

En même temps, notre génération a besoin de théologiens, de poètes et de musiciens qui donnent le meilleur d’eux-mêmes en écrivant des nouveaux chants de louange. Le français a aussi ses qualités uniques. La simplicité des voyelles en français (en anglais, chaque voyelle peut être courte ou longue), permet d’avoir plus de rimes, plus de mots qui se ressemblent, plus d’ambigüité poétique. Nous avons aussi nos propres mots riches en émotion, en histoire et en profondeur.

La barre est haute ! Je prie que notre génération relève le défi.