L’écriture de chants, en traduction ou en composition, est une question de choix, et ainsi une question d’art. Selon les choix d’un parolier, les chants seront plus ou moins pertinents, facile à chanter, émotionnellement parlant, et marquant.

Ci-dessous les 10 meilleurs conseils que j’ai reçus sur le sujet :

Eviter les mots « bouche-trous ».

Si un mot n’ajoute pas de valeur à une phrase, enlevez-le et le remplacez-le par un terme enrichissant. Les pronoms, certains articles, des conjonctions de coordination (et, ou, ni, mais, car, or, donc) et les verbes « être », « avoir », peuvent être supprimés ce qui permet de récupérer de précieuses syllabes. Au maximum, utilisez des termes qui approfondissent le thème central du chant.

Chercher des mots qui ont une valeur émotionnelle

Certains termes parlent plus que d’autres d’une culture à une autre. Des paroles riches en vérité mais pauvres émotionnellement ne prendront pas autant les trippes. Des termes comme « expiation » ou « sanctification » sont extrêmement riches bibliquement parlant, mais trop détachés émotionnellement pour être souvent utilisés. Des termes comme « paradis » ou « disciple » sont bibliques, mais peu poétiques. Des expressions imagées comme « suivre » ou « à ma place » ou « lumière » touchent davantage. Pour atteindre un maximum de personnes, les formulations informelles ou en vieux français sont aussi à éviter, ainsi que les verbes passifs.

Utiliser des images bibliques originales

La Bible est remplie d’images variées, de métaphores, de formulations artistiques riches et mémorables. Il y a de quoi s’inspirer ! Une allusion à un texte biblique enrichit un vers de parallèles, d’applications et d’émotions.

Chercher des rimes originales

Face rime avec grâce. Gloire avec victoire. Ciel avec éternel. Moi avec toi, et avec roi. Qui n’a pas utilisé ses rimes dans ses premières compos ? Je suis le premier coupable. Mais il faut savoir varier, sinon tous nos chants se ressemblent ! Trouver des rimes riches représente plus de travail, mais c’est aussi la beauté de l’art. Un site comme www.rimessolides.com est super utile pour trouver des rimes variées et uniques. Les dictionnaires de synonymes sont indispensables.

Respecter les règles de poésie

Les chants modernes respectent de moins en moins les règles de poésie, notamment dans la prononciation des « e » muets et le respect d’un mètre. Ceci permet une certaine liberté, voire une authenticité qui parle de manière concrète à notre génération. Mais cela a un prix. Les chants qui n’ont ni mètre, ni cohérence dans la prononciation des syllabes, sont  plus difficiles à apprendre. La culture pop rock favorise la prose à la poésie, un style que nous retrouvons dans beaucoup de chants de louanges modernes. Cela peut être « catchy », mais malheureusement, même avec près de 10 ans de solfège, j’ai souvent du mal à suivre d’une strophe à l’autre ! De beaux enregistrements ne sont pas toujours facilement reproductibles pour une assemblée. En étant cohérent dans la prononciation des syllabes et le mètre des couplets, même un chant de style pop peut être enseigné et mémorisé rapidement.

Respecter les temps forts d’une mélodie

En musique, on rythme des chants avec des mesures. Le premier temps d’une mesure, qui donne naissance à la mesure, est en général accentué, autant avec les instruments qu’avec les paroles. Suivant le temps du chant, une mesure peut avoir plusieurs accents (en 4/4 les temps 1 et 3 sont souvent accentués par exemple). Ces pulsations qui donnent l’entrain à un chant s’appellent les temps forts. Ils portent le rythme du chant, et lui permettent une certaine fluidité. Le choix des syllabes pour ces temps forts est donc très important. Les syllabes nasales ou fermées ne se chantent pas aussi bien que les syllabes ouvertes. Sur un temps fort, il est préférable d’éviter les sons comme « le » ou « de »  ou « en » par exemple. Chaque mot porte aussi une accentuation particulière. On dit bonté et non bon, louange et non louange. Marquer un temps fort par l’accent faible d’un mot nuit à la fluidité d’un chant. Pour éviter les erreurs, le mieux est toujours d’écrire les paroles sous les partitions !

Eviter les termes généraux

Certains termes sont généraux et ne soulignent pas la profondeur d’un texte. Les verbes « être » et « avoir » ou « mettre » et « faire » sont des exemples de verbes pauvres. Mieux vaut les remplacer par des termes plus précis. De même pour des termes comme « très », « donc », « souvent », etc. Pour plus de précisions et exemples, consultez cet article.

Mélanger précision et ambigüité

Une des beautés de la poésie, c’est de communiquer clairement un message et en impliquer plusieurs autres en même temps. La poésie la plus profonde est celle qui émane une zone « flou » permettant plusieurs interprétations justes et en même temps variées.

Garder un fil conducteur

Les meilleurs chants ont tous un fil conducteur. Parler de tout, c’est aussi parler de rien ! Spurgeon, le « prince des prédicateurs » enseignait que la communication la plus pertinente est comme enfoncer un clou : avec une cible unique et des coups répétés dans la même direction. Plus le même clou est enfoncé, plus il pénétrera en profondeur.

Faire le ménage

Marie Kondo est maintenant une star internationale, suite à son livre « La magie du rangement ». Un de ses meilleurs conseils : garder seulement ce qui fait vraiment plaisir, se débarrasser du reste. Si une phrase écrite ne suscite pas un attachement, ou une émotion, ou un déclic, ou une joie…il vaut mieux changer !

Bonne écriture !

 

 

philippePhilippe Viguier est pasteur titulaire de l’EPEVC depuis 2015. Il possède une maîtrise en théologie de Master’s Seminary, et est co-auteur de L’Évangile et le citoyen (2015). Il commence les leçons de piano à 6 ans, puis compose à partir de 9 ans. Il a enseigné plusieurs années dans un studio de Los Angeles. Philippe et son épouse Sophia ont trois enfants.